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Les slogans laïcs au service du fondamentalisme

Dr. Amine Iskandar 20/12/2021

By Dr Amine-Jules Iskandar, L’orient Le Jour, 06 Octobre 2021

Original Article

À Amchit, sur les pentes du Liban, Ernest Renan écrivit dans la Vie de Jésus que le Christ fonda le vrai sens de la religion lorsqu’il rendit à César ce qui est à César. C’est dans la dualité, en concevant la laïcité, que la religion chrétienne s’est définie. Ce concept purement chrétien ne peut être forcément compris ou adopté par d’autres formes de pensées cultuelles. Il ne peut donc pas s’imposer de manière radicale et se doit de ménager les subtilités et les nuances. C’est ainsi que le système libanais permet la laïcité dans tous les domaines juridiques qui assurent l’équité entre les citoyens, tout en préservant les spécificités au niveau du statut personnel. Les groupes qui exigent aujourd’hui la laïcité au Liban font preuve d’amateurisme en ce qui concerne à la fois le sens de la laïcité et l’esprit de la Constitution libanaise qu’ils semblent ignorer. Par ailleurs, demander un État civil dans un pays qui l’est déjà est une absurdité puisque le Liban n’a pas de religion d’État. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est de les voir opposer la laïcité au christianisme qui, en réalité, l’assimile dans son esprit. Ailleurs encore ils se définissent comme séculiers, sans se douter de l’origine chrétienne du terme.

Dans leur insouciance, ces groupes révolutionnaires refusent le soutien de l’Église et des forces chrétiennes face à une milice fondamentaliste totalitaire dont ils ne perçoivent nullement le danger. Se réclamant de gauche, progressistes, libéraux ou laïcs, ils sont persuadés de pouvoir régler tous leurs problèmes par un coup de baguette magique. Ce sont malheureusement des sommes énormes que la diaspora met entre leurs mains afin d’accomplir des desseins complètement utopiques. Les effets commencent à se faire sentir dans les universités et laissent présager de ce qui nous attend aux élections législatives dans quelques mois. Cela ne va pas sans rappeler des situations analogues qui eurent lieu dans l’Iran des années 70 et 80, confronté à une entité ultrareligieuse identique à celle qui nous menace et qu’elle a d’ailleurs engendrée.

Les désirs de progrès et d’égalité peuvent facilement mobiliser la jeunesse. On rêve d’un monde meilleur et d’une société parfaite. Pour cela il faut abattre tous les piliers de la société actuelle. Ce fantasme fut celui de la gauche iranienne depuis les années 1920, mais surtout après la fondation du Hezb-e Toudeh (le parti des Masses) en 1941. Ce mouvement politique constitua le rassemblement des élites et intellectuels de gauche, auxquels vinrent se joindre les masses ouvrières. Son idéologie fut définie comme communiste et marxiste-léniniste. Fermement implanté à Ispahan, Hezb-e Toudeh prit les universités comme foyer de son militantisme révolutionnaire. C’est donc là que la gauche, considérée comme force du progrès et du changement, remporta ses premières batailles contre le système traditionnel. Le tout était de ne pas se retrouver en confrontation avec le clergé chiite. Cela mena à la victoire de la révolution qui, en janvier 1979, réussit à chasser le chah du pays. Les premiers temps furent des moments d’euphorie avec la libération des prisonniers politiques et avec des promesses de modernisation. Cependant, dès 1981, le Parti islamique républicain destituait le président Bani Sadr partisan de la laïcité. C’est là que les pasdaran (comités révolutionnaires armés) lancèrent la chasse aux sorcières contre des milliers de jeunes et de militants de gauche. Presque tous furent exécutés.

Ayant accepté de fermer les yeux sur le clergé chiite considéré anti-impérialiste, le parti Toudeh a inconsciemment collaboré avec les islamistes. Cette attitude se solda par l’incarcération de toute sa direction en 1982. Par la suite, 5 000 membres et partisans de Toudeh furent arrêtés et exécutés. Ce fut la mise en place du régime totalitaire fondamentaliste qui soumet jusqu’à nos jours le peuple iranien dans la terreur. Les exécutions se poursuivirent encore jusqu’en 1988. Ceux qui purent échapper aux arrestations et aux purges durent choisir entre l’exil et la soumission à l’islamisme radical des mollahs.

Dans la confrontation actuelle, les universités du Liban revivent un scénario similaire. Là où les partisans de la laïcité et du changement marquent des victoires face aux forces séculières de la droite chrétienne, ils assainissent le terrain et le balisent au profit, souvent malgré eux, de l’avancée de la République islamique.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Tags: Identity

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